[DOSSIER] Le développement de l’IA impose une transformation des infrastructures énergétiques et numériques
Toute l'industrie des datacenters doit s'adapter au développement rapide de l'IA et du calcul à haute performance (HPC). Cela va concerner aussi bien des datacenters existants que les grands projets de nouveaux sites géants. Cela va toucher tous les éléments du datacenter, de l’alimentation électrique sécurisée aux racks et à leur refroidissement jusqu’aux services et à la maintenance, mais aussi la conception des sites.
Avec le développement de l’Intelligence Artificielle la montée en puissance des infrastructures de datacenters est déjà forte, avec le développement de nouveaux sites, dont les puissances semblaient irréelles il y a quelques années en passant du MW au GW, mais aussi l’adaptation d’anciens sites à ces nouvelles applications.
Leur déploiement va nécessiter toute une infrastructure consommatrice d’énergie, du réseau aux racks et aux puces et va aussi nécessiter des équipements de sécurisation de l’alimentation (onduleurs, batteries, groupes de secours), mais surtout des systèmes de refroidissement de plus en plus sophistiqués et complexes.
Les serveurs peuvent être équipés d’unités centrales de traitement (CPU) et d’accélérateurs spécialisés tels que des unités de traitement graphique (GPU). En moyenne, ils représentent environ 60 % de la demande d’électricité dans les centres de données récents. Ces serveurs sont de puissants calculateurs optimisés pour l’entrainement des modèles d’IA et leurs besoins augmentent avec chaque nouvelle génération de GPU.

Comme le note Pierric Gueguen,VP Marketing Stratégique de la BU SPM de Mersen « Pour les datacenters, il y a eu plusieurs vagues en termes d’usage (IoT, Cloud Computing,…) mais ce que l’on voit se développer à l’échelle personnelle et professionnelle, c’est l’utilisation de l’IA.
Cela crée des vagues d’accélération avec de plus en plus de besoins de calcul, donc plus de puces (CPU, GPU). La puissance de calcul demandée nécessite une puissance d’alimentation du GPU, du bâtiment et du refroidissement de l’ensemble. On va ainsi passer pour les racks de serveurs de quelques kW à plusieurs centaines de kW et demain 1 MW ».
Ainsi les systèmes NVL72 GB300 de NVIDIA consomment environ 142 kW par rack, tandis que les nouveaux systèmes Vera Rubin atteignent jusqu’à 246 kW par rack. Les puces d’accélération individuelles, y compris les GPU Blackwell de NVIDIA, ont désormais une puissance thermique supérieure à 1 000 watts chacune, soit plus du triple de ce que les GPU généraient il y a sept ans. Et cela va encore probablement augmenter avec la prochaine génération de GPU.
« L’essor de l’intelligence artificielle transforme profondément les infrastructures des data centers, explique Clément Barthelmebs, Datacenter Segment Manager de Socomec. Les opérateurs doivent aujourd’hui déployer davantage de capacité, plus rapidement, tout en maintenant des niveaux élevés de disponibilité, d’efficacité énergétique et de conformité vis-à-vis des réseaux électriques.
La première réponse réside dans la standardisation des architectures et la réduction du time-to-market. Face à l’accélération des besoins, les exploitants recherchent des conceptions reproductibles d’un projet à l’autre afin de limiter les risques, de simplifier l’intégration et d’accélérer la mise en service. Cette standardisation doit néanmoins préserver la flexibilité nécessaire pour accompagner l’évolution des technologies, des densités de puissance et des usages.
La modularité joue ici un rôle central. Elle permet d’ajuster progressivement la capacité à la demande réelle, d’éviter le surdimensionnement dès le premier jour et de faire évoluer l’installation sans remettre en cause l’ensemble de l’architecture. Dans un marché où les besoins peuvent évoluer très vite, cette capacité d’adaptation devient aussi importante que la puissance installée ».
Une consommation d’électricité qui augmente très vite
D’après un rapport récent de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), les centres de données – du moins à l’échelle observée aujourd’hui – sont des acteurs relativement nouveaux dans le système énergétique au niveau mondial. Aujourd’hui, la consommation d’électricité provenant des centres de données est estimée à environ 415 térawattheures (TWh), soit environ 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité en 2024. Elle a augmenté de 12 % par an au cours des cinq dernières années.
« Il existe une incertitude importante tant sur la consommation des centres de données aujourd’hui que dans le futur. L’incertitude entourant la demande future d’électricité nécessite une approche basée sur des scénarios pour explorer des voies alternatives et fournir des perspectives sur les délais pertinents pour la prise de décision dans le secteur de l’énergie. Bien que le secteur technologique évolue rapidement et qu’un centre de données puisse être opérationnel en deux à trois ans, le système énergétique nécessite des délais plus longs pour planifier et construire les infrastructures, ce qui nécessite souvent une planification approfondie, de longs délais de construction et un investissement initial.
De 2024 à 2030, la consommation d’électricité des centres de données pourrait augmenter d’environ 15 % par an, soit plus de quatre fois plus vite que la croissance de la consommation totale d’électricité dans tous les autres secteurs et atteindre 945 TWh. Cependant, dans un contexte plus large, une part de 3 % en 2030 signifie que la part des centres de données dans la demande mondiale d’électricité reste limitée, indique ce rapport de l’AIE ».
Mais d’autres projections citées par le Shift Project donnent la mesure de l’enjeu : la consommation électrique des centres de données pourrait tripler d’ici 2030. Dans cette évolution, l’IA joue un rôle central, puisque sa part serait d’environ 15 % de la consommation des centres de données aujourd’hui et pourrait se situer entre un tiers et la moitié à cet horizon. Dans tous les cas la structures et les fonctionnalités du datacenter doivent pouvoir s’adapter rapidement à cette révolution de l’IA.
Ces changements vont impacter toutes les composantes d’un datacenter
La puissance de raccordement demandée au réseau, des charges de travail liées à l’IA qui peuvent avoir des fluctuations rapides de la consommation électrique d’un site lors de calculs intensifs de la phase d’entrainement d’un cluster de GPU, de nouvelles solutions de refroidissement, le besoin de solutions très fiables et sécurisées, toutes ces contraintes vont avoir une incidence forte sur les solutions à mettre en œuvre. Ces solutions doivent aussi prendre en compte un cadre réglementaire de plus en plus stricte et des contraintes économiques liées au coût de l’énergie.
« Les architectures changent : il faut basculer en courant continu (DC) et augmenter la tension pour avoir moins de courant, moins de pertes, moins de cuivre. Cela va aussi permettre d’optimiser et de réduire la taille du bâtiment. Le datacenter devient un bâtiment critique qui doit être protégé comme un hôpital, note Pierric Gueguen. »
Il va aussi falloir protéger tous ces équipements sensibles sur des sites qui vont intégrer des alimentations et convertisseurs MT, des systèmes d’alimentation sécurisés (onduleurs, batteries), des réseaux de distribution en courant continu à des tensions de plus en plus élevées, des équipements de refroidissement par air ou liquide, des racks de serveurs très denses.
« Mersen était déjà présent pour la protection du datacenter comme bâtiment critique, mais aujourd’hui nos solutions rentrent de plus en plus à l’intérieur du datacenter, au plus proche des CPU/GPU pour répondre à ces changements d’architecture.

Mersen cartographie le datacenter en trois domaines : le réseau d’alimentation de datacenter qui peut être un enjeu pour amener plusieurs GW et qui nécessite de nouvelles architectures.
Le second domaine est la protection du datacenter comme bâtiment critique : la zone grise avec des équipements comme les UPS, du stockage d’énergie et des générateurs.
Le troisième domaine est la zone blanche, avec des serveurs qui ont besoin de protections rapides. Mersen est présent dans l’interconnexion et à l’intérieur des racks. »
« Côté réseau, le principal défi n’est plus la construction de Data Centers, mais le fait de les alimenter en électricité suffisamment rapidement, constate Kasper Berggren, Business Development Manager Data Centers Région Europe d’Hitachi Energy.
Chez Hitachi Energy, nous nous attachons à acheminer l’électricité du réseau jusqu’aux armoires de stockage grâce à des solutions intégrées et standardisées pouvant être déployées rapidement, en toute sécurité et efficacement.
En optimisant l’ensemble de la chaîne électrique grâce à une approche holistique, nous aidons nos clients à réduire les pertes, à améliorer leur efficacité énergétique et à maximiser la valeur de chaque mégawatt consommé. [Photo 4]
Nous sommes convaincus que les Data Centers doivent s’intégrer à l’écosystème énergétique, et ne pas se contenter d’être de simples gros consommateurs d’électricité. Notre approche combine l’infrastructure du réseau, des solutions de conversion d’énergie telles que les systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) et les onduleurs moyenne tension (MV UPS), des solutions de qualité de l’énergie, des systèmes de contrôle numériques et une expertise-conseil ancrée localement dans chaque pays, afin d’aider les Data Centers à se connecter plus rapidement tout en contribuant à la stabilité du réseau. L’avenir réside dans la création de Data Centers flexibles et compatibles avec le réseau ».
Des protections et solutions adaptées à chaque zone du datacenter
Pour Schneider Electric les infrastructures électriques MT sont devenues un facteur pouvant limiter le déploiement rapide des nouveaux datacenters d’IA.
Une nouvelle solution de postes MT définis par logiciel (Software-Defined Medium Voltage Switchgear)a été présentée au salon YOTTA 2026 de Las Vegas. Ces équipements doivent permettre d’accélérer la construction des équipements de protection MT des datacenters dédiés à l’IA pour lesquels le délai d’accès à l’alimentation électrique devient un facteur critique. L’objectif est de configurer par logiciel une plateforme standard configurable au lieu de concevoir chaque installation. Cette conception permet également de réduire la complexité et d’économiser des matériaux.

L’idée centrale est que la standardisation matérielle combinée à l’intelligence logicielle permet d’accélérer le « time-to-power », c’est-à-dire le délai nécessaire pour mettre en service la capacité informatique génératrice de revenus environ 2,7 fois plus rapidement.
L’équipement MV défini par logiciel de nouvelle génération de Schneider Electric est déjà déployé sur le terrain via un projet pilote avec Equinix et devrait être disponible en 2027.
Pour s’adapter à cette demande qui évolue vite, mais avec toujours comme objectifs la sécurité et la rapidité de fonctionnement pour éviter toute coupure de l’alimentation, Mersen donne l’exemple de toutes les solutions développées pour répondre à ces exigences pour chaque zone du datacenter.
« Pour le réseau, c’est la protection par fusibles MT et BT. En aval les transformateurs évoluent vers des « Solid State Transformers » qui sont des convertisseurs de puissance nécessitant bus bars, fusibles et systèmes de refroidissement pour les semiconducteurs, détaille Pierric Gueguen.
Il faut aussi adapter ces protection et matériaux aux nouvelles solutions qui apparaissent sur le marché avec la montée en puissance des sites et le besoin, demain, de GW de puissance de raccordement.
« Dans la phase d’alimentation de ces infrastructures, certains matériaux critiques joueront un rôle clé. Nous observons déjà le développement des Small Modular Reactors (SMR) et des micro-réacteurs destinés à répondre à une partie des besoins énergétiques des data centers. Grâce à son expertise dans les matériaux avancés et le graphite de qualité nucléaire, Mersen est déjà impliqué dans le développement de ces technologies de nouvelle génération ».

Dans la zone grise, Mersen est présent pour la protection des batteries et des onduleurs avec des fusibles, mais aussi l’interconnexion des cellules ».
Hitachi Energy conjugue ses expertises pour relever les défis des datacenters à l’ère de l’IA
Hitachi Energy a développé des solutions pour répondre aux défis énergétiques des datacenters dédiés à l’intelligence artificielle. Ces solutions de qualité de l’alimentation électrique et de raccordement au réseau apportent flexibilité, fiabilité et durabilité afin de répondre à l’évolution rapide des besoins énergétiques du secteur.

« Alors que le secteur s’oriente vers des architectures à courant continu (CC) de plus en plus puissantes pour gérer les charges de travail liées à l’IA, les technologies qui améliorent le contrôle, la protection et l’efficacité deviennent de plus en plus importantes, confirme Kasper Berggren.
AxoniQ est notre gamme de produits de courant continu de nouvelle génération, conçue pour permettre la mise en place de réseaux HVDC hautement résilients, évolutifs et contrôlables.
Bien qu’elle ait été développée pour les futurs réseaux HVDC, les mêmes principes d’efficacité du flux de puissance, de protection rapide contre les défauts et d’évolutivité s’appliquent parfaitement à la prochaine génération de Data Centers dédiés à l’IA ».
Les onduleurs évoluent pour suivre une demande qui monte en puissance
Les onduleurs, associés à des batteries, restent un élément clé de la sécurité et de la continuité de service, mais leur puissance, leur conception doivent évoluer tout en tenant compte des questions d’encombrement, de charge au sol ou de rendement.
Les objectifs des constructeurs sont donc de proposer des gammes incluant des convertisseurs de plus en plus puissants, tout en diminuant l’empreinte au sol pour une réduction de la taille des locaux techniques. La modularité est aussi une fonctionnalité pour une partie de ces gammes pour suivre l’augmentation de puissance d’un site et améliorer la fiabilité et la maintenabilité.
L’amélioration du rendement pour diminuer les pertes et réduire l’empreinte environnementale est aussi un objectif atteint une utilisant de nouveaux schémas de convertisseurs ou de nouveaux composants comme le Carbure de Silicium (SiC).
« SOCOMEC a anticipé cette évolution en développant des équipements spécifiquement pensés pour les contraintes d’intégration des data centers de nouvelle génération, confirme Clément Barthelmebs, Datacenter Segment Manager de Socomec.
Compacité, forte densité de puissance, connexions facilitées, accessibilité pour la maintenance et compatibilité avec des architectures standardisées sont prises en compte dès la conception. Nos solutions peuvent ainsi être intégrées efficacement dans des environnements préfabriqués afin de réduire les interfaces, de sécuriser l’intégration et d’accélérer les phases de test et de mise en service.
L’arrivée de l’IA introduit également des profils de charge beaucoup plus dynamiques. Une même infrastructure doit pouvoir alimenter aussi bien des applications cloud traditionnelles que des charges GPU à très forte densité, susceptibles de générer des variations rapides de puissance. Les solutions d’alimentation sécurisée doivent donc combiner robustesse, évolutivité et capacité à accompagner différents profils d’utilisation, tout en préservant la disponibilité du site.

L’efficacité énergétique constitue l’autre priorité. Chaque point de rendement gagné réduit directement les pertes électriques, mais aussi la chaleur à évacuer. Cela se traduit par des économies d’énergie et par une diminution des besoins de dimensionnement des systèmes de refroidissement. Le bénéfice porte donc à la fois sur les coûts d’exploitation et sur les investissements nécessaires à l’infrastructure thermique ».
De nouveaux onduleurs pour répondre à ces exigences : modularité, efficacité énergétique, fiabilité
C’est dans cette logique que SOCOMEC a développé DELPHYS XL+, sa nouvelle génération d’onduleurs haute puissance, explique Clément Barthelmebs.
« La solution atteint plus de 98 % de rendement en double conversion, y compris à faible taux de charge, ce qui présente un intérêt particulier pendant la montée en puissance progressive des data centers. Sa conception modulaire, compacte et orientée maintenance permet d’accompagner l’évolution de la capacité tout en limitant l’emprise au sol, les pertes et les besoins de refroidissement.
Répondre aux besoins des data centers signifie également prendre en compte leur interaction croissante avec le réseau électrique. Avec l’augmentation des puissances raccordées, les opérateurs doivent répondre à de nouvelles exigences de stabilité et de continuité, notamment autour du Voltage Ride Through ou du Fault Ride Through. Ces fonctions visent à éviter qu’une perturbation temporaire du réseau n’entraîne le décrochage brutal d’une charge importante. Les architectures de demain devront aussi mieux maîtriser les variations rapides de consommation, avec des fonctions telles que le lissage de charge, afin de réduire le stress exercé sur le réseau et sur l’infrastructure interne du data center. DELPHYS XL+ a été développé pour prendre en compte les nouvelles contraintes des data centers de grande puissance répondant aux besoins croissants liés à l’IA ».
Et Socomec vient de faire évoluer son ASI modulaire MODULYS XM pour monter à 600 kW avec une redondance supplémentaire de 50 kW, le tout avec le même encombrement réduit au sol. La gamme est ainsi composée d’un ensemble optimisé de systèmes entièrement équipés : MODULYS XM pour 250 kW + 50 kW avec redondance et MODULYS XM, pour 600 kW + 50 kW avec redondance. Les modules « High Efficiency » – intégrant des semi-conducteurs au carbure de silicium (SiC) – permettent d’atteindre 97,5 % de rendement en double conversion.

ABB a développé pour les grands datacenters la gamme MegaFlex DP, flexible et évolutive de 250 à 1500 kW avec 3 ou 4 logements dans le châssis d’alimentation et des châssis de connexion de 1 MW ou 1,5 MW. Cela facilite la mise à niveau en cas de hausse de la demande énergétique et une maintenance simple. Le rendement peut atteindre 97,6 % en mode double conversion. Un mode Xtra VFI ajuste automatiquement le nombre de modules actifs en fonction des besoins de la charge et met en veilleuse les modules non nécessaires.

Schneider Electric a complété ses gammes d’ASI triphasées Galaxy VL et VX par la nouvelle gamme Galaxy VXL. La gestion dynamique de l’alimentation permet à ces onduleurs de gérer les pics rapides de puissance fluctuants des charges de travail IA sans perte de rendement ou de performance, la nature de démarrage-pause-redémarrage des charges de travail de l’IA provoquant des pics instantanés de puissance. Ces dynamiques nécessitent des onduleurs conçus pour supporter de fortes variations de charge sans utiliser ni détériorer les batteries ou déclencher inutilement le fonctionnement du bypass, ce qui se produit lorsqu’un onduleur tombe en panne ou est mis hors service pour maintenance. Les unités Galaxy VXL sont testées pour la gestion instantanée des charges, prouvant qu’elles peuvent gérer des variations de charge de 0 % à 100 % sans dégradation des batteries, ce qui contribue aussi à garantir une alimentation continue. Pour gérer les surcharges, les unités utilisent le mode eConversion breveté de Schneider Electric, la double conversion et les batteries pour soutenir la surcharge lorsque la charge électrique d’une application dépasse 100 %.

Vertiv™ Trinergy™ est une ASI haute puissance dotée d’une fiabilité et d’une résilience optimales, d’une architecture modulaire et d’une efficacité supérieure pour les environnements des applications à grande échelle comme l’IA. Il est capable gérer des variations rapides de charge sans dégradation des performances, garantissant ainsi un fonctionnement continu.

Trinergy™ est disponible pour des puissances de 1500 à 2000 kW avec des modules séparés de 500 kW. Chaque module comprend les composants d’une ASI : onduleur, redresseur, booster/chargeur et commandes dédiées et séparées, permettant à chaque module de fonctionner indépendamment, offrant ainsi une alimentation électrique ininterrompue fiable, même pendant les opérations de maintenance. Son rendement atteint 97,1 % et peut monter à 99% en mode on-line dynamique.

Vertiv Trinergy fait partie d’un ensemble de solutions avec l’intégration possible de l’appareillage Vertiv PowerBoard couplé par un jeu de barres internes dans le cadre de la solution Vertiv PowerNexus. Une telle intégration réduit l’encombrement des équipements, les matériaux de câblage et les coûts de main-d’œuvre pour l’installation. Le système peut être pré-mis en service en usine et livré sur le site d’installation pleinement opérationnel. Un EPMS intégré (Système de surveillance de l’énergie et de la puissance) est une fonctionnalité standard. Cette intégration réduit l’encombrement des équipements, le matériel de câblage et les coûts de main-d’œuvre d’installation.

Keor FLEX de Legrand est une ASI triphasés offrant une architecture modulaire entièrement échangeable à chaud avec une capacité jusqu’à 1200 kW et des modules de puissance de 100 kW. Son rendement atteint 98,6% en mode double conversion grâce à sa technologie au carbure de silicium (SiC).
Tous ces équipements mettent en avant un rendement très élevé, rendement qui a progressé de 3 à 4% en une dizaine d’années, soit des pertes divisées par 2. Un point très important pour des équipements qui fonctionnent 24h/24 et dont la puissance cumulée est égale à celle de tous les équipements informatiques d’un site.
Le refroidissement des datacenters doit s’adapter à ces augmentations de puissance
Les techniques de refroidissement des salles informatiques et des racks ou armoires de serveurs et d’équipements informatiques ont beaucoup évolué ces dernières années pour une meilleure adaptation aux évolutions des sites, mais aussi pour une nette amélioration de l’efficacité énergétique. Le coût du refroidissement reste un poste très important pour l’exploitant et l’importance de l’énergie consommée par le refroidissement dans la mesure du PUE reste majeure.
Des technologies comme le free cooling le refroidissement adiabatique ou la séparation allée chaude-allée froide ont permis de diminuer le PUE, ratio entre l’énergie totale consommée par le datacenter et l’alimentation des équipements informatiques (serveurs, stockage, réseau) sur des sites récents. Dans ce contexte le refroidissement à air va rester adapté pour une bonne partie des charges classiques (cloud, stockage, Edge Computing), mais l’arrivée de l’IA et du calcul scientifique modifient complètement les besoins de refroidissement pour ces nouvelles applications en dépassant les capacités des solutions traditionnelles. La densité de puissance par rack concentre la chaleur au niveau des CPU ou GPU et demande une évacuation thermique plus directe.
Le développement des solutions de refroidissement liquide va permettre de répondre à ce nouveau défi avec différentes techniques.
Des tendances clés redéfinissent la manière dont l’industrie technologique comprend et aborde la gestion thermique dans les centres de données :
- Diversité croissante des densités de racks au sein des installations
- Pression croissante sur les ressources énergétiques et hydriques
- Évolution des réglementations autour des réfrigérants et des émissions
- Nouvelles collaborations entre fournisseurs d’infrastructures et de technologie
Passer des solutions de refroidissement à air au refroidissement liquide
Plusieurs solutions existent pour le refroidissement liquide et vont être utilisées en fonction de la densité de puissance.
Une solution compatible avec les formats standards des racks serveurs est l’échangeur thermique de porte arrière (RDHx) qui se connecte à une alimentation en eau froide existante ou à une unité de distribution de refroidissement (CDU). Ces échangeurs thermiques montés en porte arrière de baie, constituent une solution intermédiaire particulièrement adaptée aux datacenters existants qui souhaitent monter en densité sans refonte complète de l’infrastructure. Le principe consiste à faire circuler de l’eau fraîche dans la porte arrière des racks afin de capturer la chaleur dissipée par les serveurs avant qu’elle ne se répande dans la salle. Cette approche est compatible avec la majorité des infrastructures en place et ne nécessite pas de modification majeure des serveurs eux-mêmes. Elle s’intègre facilement à une stratégie hybride, aux côtés du free cooling ou d’une gestion intelligente du refroidissement par IA.

Parce qu’elles s’installent sur des racks existants sans nécessiter de planchers surélevés ni de modifications majeures de la tuyauterie, les unités RDHx peuvent être installées sur des installations existantes pour augmenter la capacité de densité sans refonte complète.
La gamme ColdLogik RDHx de USystems, une marque de Legrand, couvre les refroidisseurs de porte arrière passifs et actifs sur toute la densité, allant du calcul général à faible densité jusqu’à 200 kW par rack pour les environnements IA et HPC les plus exigeants.
Le refroidissement par immersion, les serveurs étant immergés dans un liquide diélectrique qui absorbe la chaleur des composants, est encore peu utilisée malgré ses performances et avantages. L’efficacité énergétique est bonne, avec des possibilités de récupération de la chaleur fatale, l’encombrement est réduit avec une absence de bruit. Mais cette solution nécessite des serveurs adaptés et une bonne gestion des fluides de refroidissement pour un investissement qui peut être plus élevé que pour les solutions traditionnelles.

La solution la plus utilisée sur les nouveaux sites d’IA est le refroidissement direct sur puce (direct-to-chip) qui va améliorer l’efficacité et permettre d’augmenter la densité pour suivre la montée de la puissance dans les racks.
Des technologies de refroidissement liquide direct-to-chip en développement rapide
Cette solution de refroidissement utilise une plaque froide qui est placée directement sur la CPU ou GPU avec un circuit liquide pour retirer la chaleur. Une unité de distribution de refroidissement (CDU) va effectuer le transfert thermique entre les circuits IT et l’installation de refroidissement et réguler le débit, la pression, la température ou le transfert thermique sur plusieurs racks.
Le refroidissement direct sur puce (DLC) peut être adapté sur des serveurs existants, sous réserve de remplacer les systèmes de dissipation thermique par des cold plates et d’intégrer un circuit de distribution de fluide dans les baies.
Schneider Electric vient de mettre sur le marché une nouvelle unité de distribution de refroidissement Motivair WCDU intégrant refroidissement liquide et air pour des déploiements de centres de données plus flexibles. Cette unité de distribution de liquide de refroidissement est adaptée à une large gamme de configurations et conçue pour une intégration fluide avec les systèmes de refroidissement par paroi de ventilateur afin de supporter des architectures hybrides de refroidissement air et liquide dans les centres de données IA à haute densité. Conçue pour une plus grande flexibilité de déploiement, l’unité permet aux opérateurs d’ajuster l’équilibre entre refroidissement liquide et air sans repenser complètement la salle de données.

« En tant que seule CDU qui réunit à la fois le refroidissement liquide et à l’air dans une seule solution, nous offrons un niveau de flexibilité que le marché n’a jamais connu auparavant », explique Andrew Bradner, Senior vice-président de l’activité Refroidissement chez Schneider Electric. « Cette approche permet aux opérateurs de déployer plus efficacement, de prendre en charge une gamme plus large de configurations d’infrastructures de refroidissement liquide et de réduire significativement le temps de déploiement. »
Le WCDU offre la plus grande capacité de refroidissement de la gamme Motivair by Schneider Electric CDU. Un seul WCDU peut atteindre une capacité allant jusqu’à 3,5 MW à 1,5 litre par minute et par kW, et 2,5 MW à 2,0 litres par minute et kW. Jusqu’à 20 unités WCDU peuvent fonctionner ensemble en mode groupe comme un système coordonné, offrant l’échelle nécessaire pour supporter les salles de données actuelles de 30 à 40 MW.
Vertiv propose une gamme complète de CDU. Le Vertiv™ CoolChip CDU est conçu pour prendre en charge le refroidissement liquide dans les environnements à haute densité. Il convient aux applications de refroidissement direct-to-chip et de porte froide arrière qui offrent un déploiement facile et économique dans n’importe quel data center. La gamme Vertiv CoolChip CDU comporte des modèles fonctionnant avec et sans raccordement à l’eau de l’installation, permettant de profiter des avantages des serveurs refroidis par liquide pour soutenir plus efficacement des densités de rack supérieures. CoolChip CDU est disponible avec des conceptions en rack, en rangée ou périphériques ainsi que des échangeurs de chaleur liquide-liquide ou liquide-air, et permet de gérer efficacement les déploiements à haute densité de puissance grâce à un échange de chaleur liquide-liquide allant jusqu’à 100 kW, 450 kW, 600 kW ou 1,350 kW et un échange de chaleur liquide-air allant jusqu’à 70kW.

Toutefois, le refroidissement par air ne va pas disparaitre des datacenters et va continuer à refroidir 20 à 30% de la charge thermique totale d’un site (systèmes traditionnels, utilités du bâtiment), même si ce pourcentage doit diminuer avec l’arrivée de racks de plus en plus puissants. La coexistence va rester la règle.
Alimenter et protéger tous ces nouveaux équipements
Les nouvelles architectures de racks de forte puissance et avec des courants élevés vont nécessiter des solutions de protection et d’alimentation adaptées et répondant à de nouvelles contraintes.
« Dans la salle informatique (white space), on retrouve les fonctions de distribution électrique et de protection contre les surtensions nécessaires à la continuité de service, explique Pierric Gueguen. À l’intérieur des racks, les câbles sont de plus en plus remplacés par des bus bars laminés afin de distribuer des courants toujours plus élevés tout en optimisant l’encombrement, les performances électriques et l’efficacité énergétique.
On retrouve également à l’intérieur du rack des besoins croissants en matière de refroidissement et de protection électrique, avec notamment des fusibles adaptés aux enjeux futurs. Pour ces derniers, les architectures en courant continu imposent des capacités de coupure spécifiques ainsi qu’une interruption extrêmement rapide des défauts afin de protéger des équipements à forte valeur et de limiter l’énergie libérée lors d’un incident. Cela nécessite une offre particulière, mais Mersen dispose déjà d’une solide expérience acquise dans le photovoltaïque, avec des tensions atteignant aujourd’hui 1500 V et se dirigeant vers 2000 V, ainsi que dans le véhicule électrique où les architectures 800 V se généralisent.

Cette expertise est directement transposable aux data centers, où les architectures 800 VDC constituent déjà un enjeu industriel majeur et où les niveaux de tension pourraient continuer à augmenter à mesure que les besoins de puissance progressent.
Le datacenter est un bâtiment critique et il convient de ne pas ajouter de risque au risque, et de reprendre les bonnes pratiques et concepts de sécurité d’autres secteurs. La protection fusible répond bien à ces enjeux et est vue comme la protection ultime. »
Infineon Technologies et SolarEdge Technologies ont étendu leur collaboration à la technologie de disjoncteurs à semi-conducteurs pour la distribution d’énergie en 800 VDC dans les centres de données d’IA.
Ces deux entreprises ciblent l’un des principaux défis d’ingénierie dans les infrastructures à courant continu haute tension : isoler les défauts électriques suffisamment rapidement pour protéger des équipements informatiques de plus en plus denses en énergie tout en maintenant une grande efficacité du système.
SolarEdge dirige le développement du disjoncteur à semi-conducteurs, ou SSCB, avec Infineon fournissant sa technologie JFET en carbure de silicium CoolSiC pour les dispositifs de protection.
L’utilisation du 800 V DC devient une nécessité dans ces datacenters de l’IA
Le développement de l’IA et du HPC oblige à revoir les règles et standards de la distribution d’énergie dans les datacenters, mais aussi sa conversion et sa protection, de l’arrivée du réseau MT jusqu’à la puce dans le rack. Une des réponses de l’industrie est aujourd’hui la transition vers l’utilisation du 800 VDC avec de nouvelles architectures et, bien entendu, de nouveaux équipements adaptés au monde des datacenters.
Les modèles traditionnels de courant alternatif (AC) et de 48 volts (DC) sont les chevaux de bataille des centres de données depuis des décennies. Mais avec des racks dépassant 400 kW, les contraintes physiques et opérationnelles de ces systèmes deviennent évidentes.
Les goulots d’étranglement sont multiples : des racks informatiques surchargés, des connecteurs d’alimentation encombrants et des alimentations inefficaces augmentent l’espace et le flux d’air nécessaires à l’informatique haute performance. Au-delà de 400 kW, même des améliorations incrémentales, comme des plateformes électriques de plus grande capacité, produisent des rendements décroissants. Pour atteindre l’échelle exigée par les charges de travail actuelles en IA, l’industrie doit s’éloigner de ces architectures héritées et adopter de nouvelles approches.
La solution consiste à déplacer la conversion de puissance hors du rack informatique et à fournir de l’énergie à une tension plus élevée de 800 VDC avec de nouvelles architectures qui permettent de répondre à la fois aux défis d’espace et d’efficacité et vont révolutionner la conception des centres de données.

« À mesure que la densité de traitement augmente, le passage à l’infrastructure 800 V Courant Continu apparaît comme une évolution naturelle et Schneider Electric s’engage à aider ses clients à effectuer cette transition de manière sûre et fiable », a déclaré Jim Simonelli, Directeur technique des centres de données chez Schneider Electric. « Notre expertise réside dans la compréhension de l’écosystème énergétique dans son ensemble, du réseau au serveur, ainsi que dans la conception de solutions qui s’intègrent en toute transparence, fonctionnent de manière prévisible et en toute sécurité. »
800 VDC : des solutions concrètes pour ces nouvelles architectures
ABB a lancé en septembre 2026 Infinitus, un portefeuille intégré en courant continu « de la source au rack » pour les datacenters IA.
Comme l’explique Fabien Laleuf, Directeur Général d’ABB France et Segment Leader Data Center France d’ABB « les prochaines générations de puces IA porteront la consommation d’un rack à 1 MW et au-delà, contre près de 200 kW aujourd’hui. A ces niveaux, une distribution en basse tension alternative ou en 48/54 V impose des intensités considérables, avec des conséquences sur les sections de câbles, le poids des jeux de barres et l’échauffement. Le 800 VDC transporte davantage de puissance à courant réduit : moins de cuivre, moins de pertes et moins d’encombrement ».
Ces solutions réduisent le nombre de conversions, donc les pertes avec des gains mesurables et directement valorisables.

« Dans un datacenter classique, l’énergie subit plusieurs conversions entre alternatif et continu (transformateur, onduleur double conversion, alimentations des serveurs) avant d’atteindre des composants qui fonctionnent nativement en courant continu. La distribution en 800 VDC supprime les étages redondants, réduit les pertes thermiques et rend l’installation plus compacte.
Le rapport que nous avons publié avec le Boston Consulting Group évalue à plus de 5% le gain d’efficacité de la distribution DC, tout en libérant de l’espace pour les racks. Pour un site de 500 MW, cela représente 25 MW supplémentaires pour la charge informatique et plus de 300 M$ de revenus potentiels par an.
C’est un enjeu majeur en France, où l’accès à la puissance de raccordement constitue aujourd’hui l’une des principales contraintes des projets : chaque mégawatt économisé sur les pertes est un mégawatt de calcul supplémentaire, à puissance raccordée constante, poursuit Fabien Laleuf ».
Cela facilitera l’intégration du stockage et des énergies renouvelables. Ces technologies en forte croissance-photovoltaïque, batteries, véhicules électriques, calcul IA, automatismes industriels- fonctionnant nativement en courant continu. Un bus DC permet de les raccorder en limitant les étages de conversion.
Un écosystème en pleine convergence
Fabien Laleuf rappelle que NVIDIA a défini une architecture 800 VDC pour ses racks de classe mégawatt et que l’industrie converge vers ce niveau de tension, notamment au sein de l’Open Compute Project (OCP). « Nous collaborons avec NVIDIA depuis octobre 2025 et estimons que 25 à 40% des nouvelles capacités installées en 2030 pourraient être distribuées en courant continu.
Mais le courant continu ne remplace pas l’alternatif : il le complète. Le transport et la distribution régionale resteront en alternatif, tandis que le continu progressera à l’intérieur des sites. C’est pourquoi nous avons conçu Infinitus pour des architectures aussi bien 100 % DC qu’hybrides AC/DC ».
Infinitus s’organise autour de cinq briques : les chaines moyenne tension, les sources DC et la qualité de l’énergie, la distribution DC, la protection DC et l’optimisation du refroidissement.
L’arrivée réseau et la chaine moyenne tension s’appuient sur les tableaux MT, UniGear en distribution primaire et SafeRing/SafePlus en secondaire pour assurer la protection, la manœuvre et la surveillance du réseau. La stabilité réseau est assurée par des compensateurs synchrones, le stockage batterie (BESS) et le contrôle avancé afin de maintenir la tension et la fréquence face aux variations rapides liées à l’IA. Pour le secours en MT, ABB s’appuie sur HiPErGuard le premier onduleur statique MT raccordé directement en 34,5 kV pour réduire les pertes de conversion et simplifier l’installation.

Pour la conversion ACàvers 800 VDC, le transformateur statique (SST) est au cœur d’Infinitus. Grâce à une électronique de puissance haute fréquence, il convertit directement la moyenne tension alternative en 800 VDC et remplace l’ensemble transformateur MT/BT et redresseur. Il réduit ainsi le nombre d’étages de conversion, les pertes et l’encombrement. La conversion s’effectue hors de la salle informatique ce qui libère de l’espace et réduit la chaleur à évacuer.

Pour la distribution 800 VDC vers les rangées de calcul, la brique de distribution reçoit et répartit de fortes puissances en 800 VDC vers les rangées de calcul IA avec une densité de puissance élevée dans un encombrement réduit. La conversion finale vers les tensions des cartes électroniques est réalisée au niveau du rack.
La protection DC doit être adaptée : en courant continu le courant ne passe jamais à zéro, l’arc électrique ne s’éteint pas comme en alternatif et le courant de défaut croit très rapidement.
Les disjoncteurs électromécaniques ne sont pas assez rapides face à ces contraintes. En 2022 ABB a lancé SACE Infinitus, le premier disjoncteur statique au monde certifié IEC 60947-2. Il coupe un court-circuit jusqu’à 1000 fois plus vite qu’un disjoncteur électromécanique avec une énergie d’arc quasi nulle. Il réunit sectionnement, isolation et protection DC dans un seul appareil jusqu’à 2,5 kA sous 1000 VDC avec un temps de coupure inférieur à 25 microsecondes. Son interruption instantanée et sélective isole le défaut tout en maintenant le reste de l’installation en service.

« Nous sommes le seul grand fournisseur d’électrification à disposer à la fois d’un disjoncteur statique certifié IEC et d’un onduleur statique moyenne tension en production, souligne Fabien Laleuf.
Au-delà des appareils, la sécurité d’une distribution DC repose sur une conception globale : schéma de liaison à la terre, sélectivité entre transformateur statique, tableaux et racks, détection des défauts d’isolement et protection des intervenants. ABB contribue également au niveau normatif : nous co-pilotons le sous-projet de l’OCP consacré à la distribution électrique des installations et dirigeons son groupe de travail Protection et sécurité. Les architectures hybrides AC/DC permettent d’engager la transition dès aujourd’hui ».
ABB renforce son portefeuille de technologies pour les datacenters
Pour consolider sa position sur les technologies de référence pour les applications en courant continu, ABB a annoncé son projet d’acquisition de la société française Advantics.
« Advantics est spécialisée dans la conversion de puissance à base de carbure de silicium (SiC) et en maîtrise l’ensemble : matériel, firmware et logiciel, confirme Fabien Laleuf. Ses modules de puissance atteignent des rendements jusqu’à 99 %. Nous avons annoncé cette acquisition le 15 juillet 2026 ; sa finalisation est attendue au quatrième trimestre 2026. Les conditions financières ne sont pas communiquées.
Cette acquisition illustre notre volonté d’intégrer en permanence les technologies les plus performantes, en particulier pour les datacenters. Dans ces installations, chaque point de rendement gagné sur la conversion de puissance se traduit par moins de pertes et davantage de puissance disponible pour le calcul ».
Comment va se faire le déploiement de ces nouvelles infrastructures
L’arrivée du 800 VDC se fera par phases. Chaque phase déplace la conversion d’énergie un cran plus loin du rack informatique et plus près de la source électrique, explique Martin Olsen, VP Segment Strategy & Deployment chez Vertiv.
« La première étape est le sidecar : une baie de puissance placée à côté du rack de calcul, qui convertit le courant alternatif en 800 VDC. Elle libère de l’espace à l’intérieur du rack pour les serveurs et permet aux opérateurs de conserver l’essentiel de leur infrastructure CA en amont. Sa limite est qu’elle alimente un seul rack. Lorsque les déploiements passent de quelques racks à des rangées complètes, la conversion remonte en amont : des redresseurs centralisés alimentent des busways DC qui desservent une rangée ou un pod entier. À plus long terme, la conversion pourra être déplacée au niveau de la salle informatique, avec un raccordement plus direct à l’alimentation moyenne tension.

Les composants de base sont connus : redresseurs, busways DC, conversion DC-DC dans le rack et stockage d’énergie sur le bus DC. La difficulté d’ingénierie réside dans les interfaces entre ces éléments. Le courant continu n’a pas de passage naturel par zéro : la protection contre les défauts et la mise à la terre doivent donc être coordonnées du redresseur jusqu’au rack. La puissance, le stockage et le refroidissement doivent également répondre aux mêmes variations rapides de charge générées par l’entraînement des modèles d’IA. C’est pourquoi le 800 VDC doit être conçu comme un système unique ».
Le courant alternatif et le courant continu continuerons à coexister sur les sites
Le courant continu malgré tous ses avantages ne devrait pas remplacer le courant alternatif dans l’ensemble du datacenter et les deux types de courant devraient continuer à coexister sur les sites pendant de nombreuses années.
Car comme le note Martin Olsen « L’électricité du réseau arrive en courant alternatif et une grande partie des charges reste en CA : serveurs généralistes, stockage, la majorité des équipements de refroidissement et les systèmes du bâtiment. Par ailleurs, les racks d’IA arriveront avec des densités et selon des calendriers différents. Le 800 VDC devient intéressant lorsque la puissance par rack dépasse 600 kW ; en dessous, le CA reste le choix le plus pratique.
En Europe, cette question est encore plus importante, car une grande partie de la capacité se trouve dans des data centers de colocation multi-locataires et dans des bâtiments existants. Ces opérateurs ne peuvent pas miser l’ensemble d’un site sur une seule architecture. Ils doivent pouvoir proposer du CA ou du DC client par client, et évoluer à mesure que les clients passent à la génération suivante de GPU, sans devoir reconstruire leur infrastructure électrique à chaque fois.

La véritable décision consiste à déterminer à quel endroit de la chaîne électrique convertir en courant continu, et comment préserver la possibilité de modifier ce choix. Cette flexibilité doit être intégrée dès le premier jour, car l’ajouter ultérieurement implique généralement de remplacer les équipements de commutation et de distribution ».
Une plateforme logicielle d’exploitation du datacenter pilotée par l’IA
Schneider a développé EcoStruxure Foresight Operation, une plateforme d’exploitation qui unifie les systèmes d’énergie, de distribution électrique et de gestion des bâtiments. Cette plateforme ouverte, évolutive et alimentée par l’IA permet une vision globale des opérations et une meilleure prise de décision.
L’IA va permettre d’analyser les données en temps réel, d’apprendre et de s’adapter continuellement et de fournir des recommandations opérationnelles aux équipes.
EcoStruxure™ Foresight Operation est particulièrement destiné aux environnements où la continuité de service est critique tels que les datacenters, mais aussi les hôpitaux ou les grands sites industriels.

« EcoStruxure™ Foresight Operation unifie les domaines de l’énergie, de l’électricité et du bâtiment pour la supervision et le contrôle, ce qui signifie que les systèmes parlent enfin le même langage, transformant la complexité en simplicité. En tant que plateforme opérationnelle pour l’environnement bâti, elle offre la vision dont les organisations ont besoin pour prospérer dans un monde qui exige plus de chaque watt, de chaque seconde, de chaque espace, explique Manish Kumar, EVP Digital Energy at Schneider Electric ».
IA et Edge Computing
Le fort développement de l’IA et du calcul haute performance ne se limite pas aux datacenters géants et pousse aussi vers un calcul localisé (Edge Computing). Exécuter ces travaux en périphérie offre des avantages-clés : forte diminution des temps de latence, souveraineté et sécurité des données et une réduction des coûts de transmission de données.
Cela donne naissance à des « micro-usines d’IA » qui peuvent se résumer à un rack ou une armoire, mais avec toutes les fonctionnalités : alimentation sécurisée, refroidissement adapté à la puissance des GPU, solutions de contrôle et supervision. Ces micro-centres de données permettent aux organisations dans des secteurs comme la santé, la finance, les réseaux d’énergie et l’industrie de traiter des charges IA localement en gardant les données sensibles en interne, en réduisant la dépendance au cloud et assurant des performances en temps réel.

Ces solutions IA Edge demandent aussi une grande disponibilité et des possibilités d’évolution pour s’adapter aux besoins futurs.
Les solutions de datacenters modulaires permettent de réduire les délais et travaux d’installation
Face aux contraintes de temps, Vertiv mise sur des solutions modulaires comme One Core, qui intègrent dans des blocs préfabriqués l’ensemble des composants nécessaires au fonctionnement d’un datacenter : systèmes d’alimentation électrique, de refroidissement, de distribution et équipements de racks. Ces modules sont assemblés en usine puis transportés sur site, réduisant considérablement les travaux d’installation et permettant aux clients de capitaliser plus rapidement sur leurs investissements.
Vertiv™ OneCore est une solution hybride préfabriquée qui transforme le déploiement traditionnel de centres de données de 10 MW à 250 MW et au-delà. Évolutif sans limitation de taille, il offre une infrastructure complète de centre de données de bout en bout conçue pour répondre aux exigences sans précédent de vitesse et de flexibilité des applications d’IA et des technologies émergentes. Sa conception préfabriquée simplifie le transport et l’installation, réduisant les besoins et risques en main-d’œuvre sur site. Cela offre fiabilité, efficacité des coûts et certitude des délais pour les entreprises. Vertiv OneCore est une solution thermique polyvalente conçue pour supporter une large gamme de technologies d’IA propulsées par des processeurs xPU de nouvelle génération. Il ne se limite pas aux racks xPU traditionnels alimentés par courant alternatif, Vertiv OneCore s’intègre parfaitement aux architectures avancées de rack alimentées en 800VDC, offrant une flexibilité et des performances inégalées.

Parmi ces solutions OneCore DSX est une version pour Nvidia DSX qui optimise la puissance, le refroidissement, la gestion dynamique de l’énergie et la production de « tokens » IA.
Le processus d’assemblage sur site, flexible, utilise des composants de précision, y compris des châssis d’équipement coulissant facilement et des installations modulaires adaptées à l’extérieur, le tout soutenu par un contrôle qualité rigoureux dans les usines Vertiv ainsi qu’à chaque étape du déploiement.
Digital Realty a ainsi fait appel à Vertiv pour la réalisation de son premier datacenter ROM1 près de Rome pour une puissance de 3 MW avec des systèmes de refroidissement et d’alimentation conçus pour le HPC.
Pour simplifier le déploiement de clusters d’IA avec une architecture préconçue, prête à intégrer, Schneider Electric a développé EcoStruxure Pod Data Center, des solutions modulaires, évolutives et couvrant l’alimentation, le refroidissement par air ou liquide, les racks, les logiciels et les services.
Cela doit permettre de simplifier et d’accélérer ce déploiement pour des puissances allant de 20 kW (pour le Edge Computing) à plus de 1,2 MW. Ces infrastructures, racks et pods, sont conçues pour évoluer avec les composants (GPU/seveurs) de l’IA.

Cette offre inclut EcoStruxure Rack Solutions, des racks extra-larges, renforcés et compatibles avec les standards EIA, OCP ou ORV3. Ces racks sont aussi compatibles avec les solutions de refroidissement Motivair et ont une capacité suivant le modèle allant de 20 kW à 300 kW avec un refroidissement liquide.
Des designs de référence ont été codéveloppés par Schneider Electric avec Nvidia pour ses GPU GB200, GB300 et le nouveau Vera Rubin NVL72 qui nécessite des puissances de 227 kW par rack.
Rappelons qu’un design de référence de datacenter est un plan entièrement conçu et pré validé qui définit comment l’énergie, le refroidissement et l’infrastructure informatique doivent être organisés pour construire un datacenter fiable, évolutif et prêt à l’IA.

« À mesure que les charges de travail IA évoluent en taille et en complexité, la marge d’erreur dans la conception des centres de données devient incroyablement faible », a déclaré Manish Kumar, vice-président exécutif, Secure Power & Data Centers chez Schneider Electric. « Fournir une IA à grande échelle nécessite des architectures électriques, de refroidissement et numériques étroitement intégrées capables de répondre à des exigences de performance sans précédent tout en maintenant une efficacité énergétique optimale. En combinant des logiciels avancés, des jumeaux numériques et des conceptions de référence validées, les opérateurs peuvent simuler et optimiser l’infrastructure avant le déploiement d’un seul rack. Cette approche réduit les risques, accélère le déploiement et assure l’efficacité et la résilience nécessaires pour alimenter la prochaine génération d’usines d’IA. »
Schneider Electric, partenaire technologique et industriel des projets de SoftBank Group et d’Eclairion
À l’occasion du sommet Choose France 2026, Schneider Electric a annoncé son engagement en tant que partenaire technologique et industriel stratégique dans le projet d’investissement porté par SoftBank Group visant à accélérer le développement des infrastructures d’intelligence artificielle en France. SoftBank Group a annoncé un projet d’investissement majeur visant à développer et exploiter 5 GW de capacité de datacenters dédiés à l’IA à l’échelle nationale, pour un montant pouvant atteindre 75 milliards d’euros. Une première phase représente un investissement initial de 45 milliards d’euros pour livrer 3.1 GW dans la région des Hauts-de-France d’ici 2031.
Pour permettre le déploiement rapide du projet, et notamment la concrétisation de la première phase d’investissement, Schneider Electric projette d’investir et d’opérer une usine de modules de datacenters préfabriqués (data center power modules) sur le Port de Dunkerque. Ces modules préfabriqués intègrent les technologies basse tension, moyenne tension, énergie sécurisée et refroidissement provenant de plusieurs sites de production de Schneider Electric situés en France et en Europe.

Eclairion et Schneider Electric renforcent leur partenariat pour accélérer le déploiement d’infrastructures d’intelligence artificielle souveraines en France. Eclairion, concepteur et opérateur français d’infrastructures numériques dédiées à l’Intelligence Artificielle, et Schneider Electric ont annoncé la signature d’un protocole d’accord visant à renforcer leur coopération pour accélérer le développement d’infrastructures d’intelligence artificielle en France.
Eclairion déploie actuellement plusieurs grands campus dédiés à l’IA en France, notamment à Bruyères-le-Châtel et Bessé-sur-Braye, et porte plus d’un gigawatt de capacités supplémentaires en préparation. Concrètement, les équipes techniques et industrielles de Schneider Electric et d’Eclairion se retrouvent régulièrement sur le site Schneider Electric de Chartres-de-Bretagne pour travailler ensemble au design et à la production de modules préfabriqués d’alimentation électrique pour datacenters (« skids ») devant équiper les infrastructures d’Eclairion.
Structurer une filière française pour la modularisation des infrastructures numériques
Le Gouvernement a confié au Gimelec et à France Datacenter une mission visant à identifier les leviers de développement d’une filière nationale de préfabrication et de modularisation des infrastructures numériques.
Cette démarche, portée par la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique Anne Le Hénanff, doit conduire à la remise d’un rapport à l’automne 2026. Son ambition est de pouvoir disposer d’une vision partagée des capacités industrielles existantes, des besoins des opérateurs et des actions à engager pour accélérer le développement de cette filière stratégique.
La France dispose d’acteurs industriels reconnus couvrant l’ensemble des métiers liés aux infrastructures numériques. L’un des enjeux majeurs de cette mission sera d’identifier les conditions permettant de mieux mobiliser ces savoir-faire, afin de répondre aux besoins nationaux et internationaux.
Les travaux portent notamment sur la cartographie des capacités industrielles existantes en matière de préfabrication et de modularisation en France et en Europe, l’analyse des perspectives de marché, l’identification des dépendances critiques ainsi que des leviers industriels, économiques, réglementaires et de compétences. Ils visent à renforcer la compétitivité de l’offre française et à lui permettre de répondre pleinement à la croissance des besoins en France comme à l’international.
La mission est conduite en étroite collaboration avec les services de l’État, les industriels, les opérateurs de centres de données et l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème. Le rapport final est attendu en novembre 2026.
Jean-Paul Beaudet
Découvrez les articles du dossier ci-dessous :
+ Des CEE pour rendre les datacenters plus économes
https://j3e.filiere-3e.fr/2026/11/04/des-cee-pour-rendre-les-datacenters-plus-economes-en-energie/
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+ [Interview] Fabien Laleuf, ABB : « La modularité doit permettre d’adapter les installations aux évolutions des puissances.»
https://j3e.filiere-3e.fr/2026/11/04/fabien-laleuf-abb-modularite-adapter-installations-puissances/
+ [Tribune] Les datacenters et l’eau : nous regardons au mauvais endroit
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+ [Interview] L’intelligence artificielle transforme l’énergie des datacenters : trois défis, une trajectoire
https://j3e.filiere-3e.fr/2026/11/04/intelligence-artificielle-transforme-energie-datacenters/
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https://j3e.filiere-3e.fr/2026/11/05/certification-hqe-exigence-specifiques-aux-datacenters/

